A Maurice d`abord!

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A Maurice d'abord!

par Jean Noël Humbert,

Secrétaire Général de la Chambre d'Agriculture de l'Ile Maurice

Président du National Productivity and Competitiveness Council

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II suffit d'un peu de recul pour voir se dessiner les grands courants qui résultent de la mondialisation du commerce. Des courants qui, semble-t-il, ne cessent de se renforcer entre les grandes métropoles, laissant sur la berge ceux qui ne savent ou qui ne peuvent les emprunter au risque de sombrer.

Le système multilatéral n'a fait, jusqu'à l'heure, que démontrer ses avantages pour les pays développés ou les grands pays en voie de développement, alors que les zones de libre-échange établis en parallèle, n'ont été réellement efficaces et porteuses de richesses mutuelles que lorsqu'elles étaient établies entre des partenaires ayant de réelles capacités industrielles et commerciales.

De récents signaux émis dans le contexte des négociations multilatérales en cours (Doha Development Agenda) nous font comprendre, on ne peut plus clairement, que des progrès substantiels ne pourront être réalisés que dans la perspective de "trade-offs" majeurs entre les partenaires. Le cas échéant, cette situation ne fera que renforcer les flux commerciaux existants ou créer de nouveaux flux dont les bénéficiaires directs, nous le craignons, ne seront pas une fois encore les plus petits, les plus faibles et les plus vulnérables. De ces derniers, nombreux sont ceux qui, comme Maurice, ont pu survivre grâce à un accès préférentiel de leurs produits au marché des pays les plus développés. Il est donc essentiel que nous puissions préserver cet acquis. Mais dans le contexte du renforcement de ces grands courants commerciaux, la question suivante se pose : Combien de temps encore l'accès préférentiel au marché pourra-t-il préserver une valeur qui justifie sa raison-d'être?

Comme pour les préférences, nous nous battons pour que le principe du traitement spécial et différencié se traduise par des mesures concrètes qui viennent compenser nos faiblesses face à la concurrence internationale. Ces aménagements seront-ils suffisants pour nous permettre d'évoluer dans les nouveaux courants, tout en nous permettant d'y trouver notre compte?

La vérité, sans doute difficile à admettre, est que nous n'en savons encore rien à ce stade. Les courants sont en évolution constante et les incertitudes vont en augmentant. Bref, l'imprévisibilité de l'environnement commercial international est telle qu'il serait imprudent et irresponsable de notre part d'y investir la plus grosse partie de nos efforts et de nos espoirs.

Une part tout aussi importante de l'effort doit s'investir ici même, sur le front local. Faute de pouvoir contrôler les courants, nous devons nous assurer que l'embarcation et son équipage sont en mesure de s'y adapter.

Il s'agit avant tout de nos ressources humaines; de leur état d'esprit, leur flexibilité face au changement et leurs compétences.

Ce sont nos capacités à pouvoir individuellement et collectivement appréhender les enjeux réels et les problèmes, et à formuler des solutions adaptées et efficaces à notre situation.

Ce sont les outils que nous saurons employer pour permettre l'amélioration continue de nos moyens et de nos méthodes de travail. C'est l'exploitation de nouveaux modes d'opération qui permettront la mutualisation de nos ressources individuelles afin de réaliser des gains collectifs plus conséquents. C'est aussi l'introduction, le développement et la diffusion de technologies nouvelles, notamment celles des technologies de l'information et de la communication.

Bref, c'est un ensemble d'éléments qui, mis l'un à côté de l'autre, représente les travées d'un édifice qui a pour nom "productivité", et qui constitue aujourd'hui les principaux axes de l'action du National Productivity and Competitiveness Council. C'est à Maurice d'abord que doit se gagner la bataille de la compétitivité de notre économie!

 

26 février 2004