Interview 26/2/09

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[posted on 27/2/09]


Interview de l'express du 26/2/09

Jocelyn Kwok, secrétaire général de la Chambre d'Agriculture : « Le pari n’est pas encore gagné au niveau de la réforme sucriére »

La fin du protocole sucre signifie celle du prix garanti de la Communauté européenne. Seule la compétitivité du pays pourra lui trouver des acheteurs au meilleur prix :le coût, la qualité et le service sont essentiels.

Quelles sont les priorités du secteur sucre?

Il faudra poursuivre la stratégie de réforme et verrouiller les gains et les avancées réalisées les plus évidents. Ce n’est qu’à partir de ces acquis que nous pourrions prétendre devenir un fournisseur attrayant, voire attitré, de sucres raffinés vers l’Union européenne.

Il y a des actions de réduction des coûts et d’optimisation des revenus à concrétiser. La centralisation prévue des usines doit se poursuivre. La logique industrielle du flexi- factory dégageant un portefeuille de produits et de revenus doit être reconnue. La réforme des institutions financées par le cess devient trés urgente.

Quels sont les résultats de la réforme jusqu’ici ?

La réforme vise à maintenir un revenu net au planteur, à un niveau encore économiquement pertinent, tout en transformant le secteur en une industrie moderne de la canne. Le pari n’est pas encore gagné, mais les premiers résultats sont trés encourageants.

Cette année, avec la baisse finale cumulée à 36 % du prix garanti vers le marché européen, le prix au producteur chutera encore…

Oui. Mais, avec l’activité de raffinage concrétisée et l’arrêt des pertes sur les ventes de sucre au marché local, la réforme attendue du cess devra, elle aussi, venir jouer un rôle de premier plan dans le maintien de ce prix au producteur à un niveau acceptable.

Les premiéres projections de prix pour 2009 vous confortent- elles sur le choix stratégique d’abandon du sucre roux au profit du raffiné?

Cette montée en gamme augure de belles perspectives, bien plus encourageantes en tout cas que certains scénarios catastrophes évoqués dans le passé. La confiance devrait normalement revenir. Il y a aussi le perfectionnement des revenus des planteurs avec la production accrue d’électricité à partir de la bagasse, ainsi que le projet de production d’éthanol.

Vous êtes alors plutôt optimiste ?

2009 reste une année cruciale.

Nous n’avons pas encore gagné la bataille de la compétitivité.

L’échec est toujours possible si jamais la conjoncture évoluait défavorablement avec une dégringolade simultanée et durable des prix du sucre, de l’énergie électrique et de l’éthanol. Nous sommes optimistes mais trés mesurés en même temps.

Où en sont les négociations à propos du sucre dans le cadre des Accords de partenariat économique ( APE) ?

2009 marque la fin du protocole sucre et l’entrée en vigueur des provisions spéciales pour le sucre sous les APE. Maurice signera en avril prochain l’accord intérimaire paraphé en décembre 2007 et vise à terminer les négociations vers un APE complet dés cette année.

Que signifie la fin du protocole sucre?

Cela signifie la fin des quotas individuellement garantis aux pays fournisseurs, la fin programmée du prix garanti de la Communauté européenne ( CE), et le remplacement de ce prix garanti et de la politique par un prix de référence - un prix fixé par la CE pour l’année commerciale concernée et auquel l’acheteur et le vendeur doivent se référer pour établir le prix de leur transaction. Le prix de référence sera de 336 euros pour le sucre roux et de 404 euros pour le blanc. Le prix est garanti jusqu’en 2012 seulement et il ne peut pas être inférieur à 90 % du prix de référence.

La fin du protocole veut dire aussi la disparition de la CE comme acheteur de dernier recours. Dorénavant, un vendeur devra lui- même s’assurer d’un acheteur compétitif. Le prix politique céde la place à un prix de référence.

Le protocole sucre prend fin le 30 septembre et le contrat avec « Tate & Lyle » se termine en juin…

Aprés une période de transition de juillet à septembre, et pendant laquelle la CE s’est engagée à maintenir l’accés, dans les mêmes conditions du protocole, à l’équivalent d’un quart de la production annuelle de chaque pays fournisseur du bloc Afrique Caraïbes Pacifique, un nouvel environnement, plus commercial et moins politique, se mettra en place à partir du premier octobre.

Pourquoi dites- vous « moins politique » ?

D’abord, il n’y aura plus de quota individuel mais plutôt une allocation pour chacune des six régions participant aux APE. Cette allocation tient compte de l’historique du protocole, c’està- dire qu’aucun pays du protocole ne doit se retrouver en situation plus défavorable postprotocole sucre comparé à sa situation antérieure. Elle prend aussi en compte les quantités additionnelles allouées pour l’année 2008- 2009 par la CE aux ré gions signataires des APE ou des accords intérimaires ; en - suite la capacité individuelle des pays à fournir du sucre au marché européen. Et enfin, aux incontournables clauses de sauvegarde concomitantes de 1,6 million de tonnes pour les non- PMA ( NdlR : Pays moins avancés) et de 3,5 millions de tonnes pour l’ensemble des pays ACP. Au- delà de ces derniéres quantités, c’est la pression qui s’exercera tout naturellement sur les non- PMA.

Donc rien n’est garanti à terme ?

L’allocation de quantités régionales pourrait être revue, et en fonction des performances, des mécanismes de réallocation effective se mettront en place. Maurice reste assez optimiste quant au maintien, à l’intérieur de son allocation régionale, d’une quantité équivalente au quota du Proto - cole. Suite à des échanges entre les pays ACP, des propositions ont été faites à la CE, et nous sommes en attente d’une réponse officielle.

Au- delà de ces arrangements, il est clair que les acheteurs de la CE, déjà dans une situation de concurrence par rapport à l’identification et la fiabilisation de fournisseurs des pays ACP, dicteront les conditions du marché.

Tout se résumera à une question de compétitivité ?

Ce n’est que la compétitivité de Maurice qui saura lui trouver ces acheteurs au meilleur prix. Cette compétitivité, et donc ce prix plus rémunérateur, bien entendu, se mesurera non pas en termes d’affinités ou de liens politiques, mais, comme dans beaucoup d’autres secteurs, plus par le prix, la qualité et le service. Encore une fois, rien n’est joué mais nous sommes sur la bonne voie.

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