Article l'express 6/4/09

> Article l'express 6/4/09


« 2009, une année charnière pour le sucre »

 

Exportation de sucre blanc à grande échelle, changement du mode de livraison... Les habitudes seront bousculées. L’entrée en opération de deux raffineries ne suffit pas à atténuer les craintes.

Le démarrage prochain des activités aux raffineries de Savannah et FUEL ne diminue pas les appréhensions des sucriers. Des craintes qui sont liées à l’impact de la crise financière internationale sur leurs opérations, ainsi que d’autres problèmes sur le plan local.

A deux mois de la coupe – qui s’annonce plutôt « normale » , selon le Mauritius Sugar Industry Research Institute grâce aux conditions climatiques favorables pour la croissance de la canne qui ont prévalu ces derniers mois – le secteur sucre est en pleine ébullition avec la construction des raffineries. "C'est une année de transition. Initialement nous pensions pouvoir faire les premières exportations de sucre blanc en juillet. Mais il y a eu quelques semaines de retard dans l'arrivée des équipements. Ces exportations vont maintenant se faire au cours de la deuxième moitié du mois d'août, le temps que les deux raffineries, à Savannah et à FUEL, maîtrisent la production et la qualité du sucre"dit Jean Noël Humbert, Chief Executive Officer du Syndicat des sucres ( SDS).

Le sucre blanc sera destiné à la consommation directe par les clients du groupe européen Sudzucker avec qui le SDS a signé un contrat en 2008. Parmi ceux- ci, citons Nestlé (un des leaders mondiaux de la nutrition, la santé et du bien- être), Danone (groupe agroalimentaire et un des leaders mondiaux pour ses produits laitiers frais) et Ferrero (un des leaders européens du marché dans la confiserie et du goûter au chocolat connu pour ses produits phares tels que Nutella, Kinder, Ferrero Rocher, Tic Tac.

A Jean Li Yuen Fong, directeur de la Mauritius Sugar Producers Association, d’ajouter que «2009 sera une année charnière avec les changements drastiques dans les systèmes de livraison de sucre, qui sera acheminé par des conteneurs et non plus par des vraquiers. Ce sera la première fois que nous allons exporter du sucre blanc sur une si grande échelle, soit quelque 300 000 tonnes » . En attendant l’entrée en opération des deux raffineries, les premiers sucres fabriqués de la récolte 2009 seront raffinés par Sudzucker en Europe à l’intention de ses clients.

Quant à la consommation locale du sucre blanc, elle sera assurée à travers un appel d’offres international. Selon Jean Noël Humbert, une récente étude effectuée au sein des pays de la Southern African Development Community et de l’Afrique orientale et australe, a indiqué que le prix du sucre raffiné et roux est toujours « bien moins cher » à Maurice que dans des pays tels que l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Malawi, la Zambie ou le Swaziland. "Les mesures prises au niveau commercial par le SDS grâce à sa stratégie vont permettre d'atténuer les effets de la baisse significative du prix du sucre roux acheté par l'Union européenne (UE). Le shift vers le sucre blanc a évité le pire",  ajoute Jean Noël Humbert.

Réduire le « cess »

Mais, à son avis, sur le plan local, il est également « urgent » , après la récente libéralisation du prix du sucre sur le marché local, de réduire de moitié le montant du cess – un prélèvement direct sur les revenus des producteurs de sucre pour financer certaines institutions sucrières. Cette réduction du cess aidera les producteurs à mieux faire face à la compétition mondiale et à leur assurer un revenu additionnel pour surmonter la baisse du prix du sucre acheté par l’UE. Le montant du cess avoisine les Rs 700 millions actuellement.

Surtout qu’à partir du 1er octobre, le prix de base – qui est le prix de référence appliqué par l’UE aux exportateurs sucriers des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, va passer de 448 à 335 euros pour le sucre roux et de 542 à 404 euros pour le sucre blanc.

Pour le sucre roux c’est une baisse de Rs 5 000 la tonne. « C’est une baisse cumulative de 36%. Il faudra voir comment le marché européen va réagir. Ce sera aussi l’année où les sucres des pays les moins avancés auront libre accès, soit duty free et quota free, au marché européen » , souligne Jean Li Yuen Fong.

D’ailleurs, du côté de Harel Fréres Ltd – qui est un des plus gros actionnaires de la sucrerie Belle Vue – on ne cache pas ses « inquiétudes » devant cette baisse de prix même si le groupe s’apprête à augmenter sa production de sucres spéciaux pour l’exportation.

Les problèmes dans le secteur ont amené le groupe à investir dans une zone d’activités à Beau- Plan.

C’est aussi le même sentiment d’appréhensions du côté de Mon Trésor Mon Désert (MTMD) tant pour ses opérations aux champs qu’à l’usine en raison de la baisse de prix du sucre de l’UE. Le groupe a décidé de renvoyer à plus tard un projet d’ Integrated Resorts Scheme dans le Sud.

Mais la direction de MTMD pense tout de même que l’impact de la baisse de prix du sucre de l’UE sera atténuée par l’appréciation de l’euro et les profits découlant de la récolte 2009, de ses activités usinières et énergétiques, et de l’exportation du sucre blanc à un prix plus rémunérateur que le sucre roux.

Du côté de CIEL Agro- industrie et Deep River Beau Champ, c’est aussi l’inquiétude de l’impact direct de la crise financière internationale sur leurs opérations dans l’immobilier et l’hôtellerie. Car si la crise persiste, cela aura un effet « adverse » sur la profitabilité du groupe bien que tout soit mis en oeuvre pour trouver des solutions acceptables afin d’alléger dans la mesure du possible cet impact.

Et, avec la crise internationale, la sucrerie Médine réfléchit ces jours- ci aux possibilités d’aller de l’avant avec son deuxième projet IRS et un projet immobilier de grande envergure dans l’Ouest.

Alain BARBÉ